11 mars 2012 7 11 /03 /mars /2012 10:29

 

Vers 1966, Mao Zedong a été l’instigateur d’un mouvement idéologique sans précédent qui durera une dizaine d’années et qui aura des répercussions considérables sur le comportement des Chinois dès lors et jusqu’à nos jours: la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne. L’objectif du Grand Timonier était d’éliminer ses adversaires au sein du Parti tout en luttant pour un retour aux valeurs profondes du communisme. Il fallait réduire à néant toute initiative pouvant amener à une recrudescence de morales antirévolutionnaires, telles que l’individualisme ou l’embourgeoisement.

 

 

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Les intellectuels, les artistes, les technocrates sont alors traqués, chassés, emprisonnés ou envoyés à la campagne pour y subir un lavage de cerveau : c’est la « rééducation par le travail manuel », selon la terminologie officielle. Les masses sont réunies et doivent faire preuve d’un soutien inconditionnel au président Mao. Non seulement toute opposition est réprimée puis éradiquée, mais la passivité et la neutralité ne sont pas tolérées et considérées comme des résistances à la suprématie communiste. L’individualisme n’existe plus, il devient dangereux, il faut s’intégrer aux masses et crier des slogans promaoïstes sous peine d’être considéré comme anticonformiste et de risquer le pugilat.

 


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Cette période voit apparaître les fameuses séances d’autocritique où les personnes suspectées de ne pas répondre aux critères révolutionnaires sont humiliées, battues en public. Beaucoup d’entre elles, au bout d’interminables séances d’humiliation choisissent l’échappatoire suicidaire. L’homme devient effectivement un loup pour l’homme.

 

 

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Les Chinois doivent alors apprendre à vivre au sein d’une communauté où chacun s’observe, craignant autrui. Chaque faux pas, chaque manquement à ses obligations prolétariennes, chaque doute est systématiquement dénoncé et affiché sur les murs, c’est l’époque des dazibaos (journaux muraux).


Dans les villages et jusqu’au sein même des familles les dénonciations se succèdent, des vengeances se concrétisent, le chantage prend une place nouvelle dans les rapports humains.

L’un de mes anciens collègues et amis, M. Liu, un quinquagénaire aux histoires croustillantes, se plaît à raconter qu’à cette époque, dans l’immeuble de ses parents, vivait une famille dont les époux dépendaient de deux organisations différentes. La femme supportait le mouvement des Gardes Rouges alors que l’homme était membre d’une formation parallèle, celle des Ouvriers Rouges. Ces deux mouvements étaient prorévolutionnaires certes mais soutenaient des responsables locaux différents. Il n’en fallut pas plus pour qu’une rivalité impitoyable, quasi meurtrière, s’instaure entre ces deux organisations. Il faut savoir qu’à cette époque en Chine, être un fervent maoïste ne suffisait pas toujours, encore fallait-il être du « vrai bon » côté idéologique et soutenir les « vrais bons » dirigeants locaux. C’est ainsi que ladite épouse dénonça publiquement son mari qui fut traîné dehors un beau matin par un groupe de Gardes Rouges pour une longue séance d’humiliation !


La virulence avec laquelle le couple se brisa, pour ce que beaucoup de jeunes Chinois aujourd’hui qualifieraient de subtilité idéologique, créa un profond malaise dans l’immeuble où vivait M. Liu, alors adolescent. Suite à cet évènement, les bouches se lièrent et une méfiance paranoïaque s’installa dans les foyers.

Certaines familles inventèrent même des codes langagiers ; certains noms de lieux sensibles ou d’organisations étaient remplacés par des noms de personnes quelconques. Ainsi, un « je suis allez voir Mme Teng hier (traduire : j’ai participé au meeting des Ouvriers Rouges), elle nous invite à boire le thé jeudi prochain (traduire : ils se réunissent encore jeudi prochain) » était quand même beaucoup moins risqué.

 

Les histoires impliquant des dénonciations entre membres d’une même famille ne sont pas rares et constituent une réelle rupture avec la longue tradition confucéenne. La relation qui lie les hommes se pervertit, privilégiant la forme pour délaisser le fond. Dans un tel contexte social de doute permanent, de nouveaux types de relations se forment, basés sur des rapports de méfiance. La confiance devient rare et les paroles servent à former une façade protectrice cachant la pensée. En refoulant toute émotion qui pourrait leur être fatale, la fameuse face, que les Chinois craignent tant de perdre, constitue alors leur meilleur bouclier.

 

 

Jérôme Berny

Extrait du livre "Réussir en Chine grâce aux cercles d'amis"

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Published by Jérôme Berny - dans Histoire de Chine
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  • Jérôme Berny a vécu et travaillé une dizaine d'années en Chine comme dirigeant d'entreprise. Ses expériences dans le domaine de l'éducation, de l'entreprenariat et du management lui ont permis d'expérimenter pleinement la mentalité chinoise.
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