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Reussir En Chine

Reussir En Chine

Ce Blog parle de la Chine, des clés pour réussir en Chine et avec les Chinois, des insolites, de la culture, des voyages.


En Chine, l'union fait la force... et l'insécurité !

Publié par Jérôme Berny sur 2 Janvier 2016, 15:55pm

Catégories : #Société

Les déplacements massifs de population vers les zones urbaines condamnent une grande partie des migrants à la précarité. L’absence de travail entraîne un foisonnement de petits boulots parallèles, très instables et bien souvent peu déontologiques. Les vols et les arnaques y sont de plus en plus fréquents, de plus en plus violents et de mieux en mieux organisés. Aucune statistique officielle n’est connue à ce jour mais le constat d’une explosion de l’insécurité dans les villes chinoises est unanime.

En Chine, l'union fait la force... et l'insécurité !

Il n’y a qu’à mettre les pieds à Shenzhen pour apercevoir cette précarité tangible. A la sortie de la gare frontalière de Lowu, reliant Hong Kong à ce que les Chinois appellent le Mainland, il est difficile de faire 100 mètres sans qu’une sollicitation douteuse vienne contrarier le touriste, l’homme d’affaires ou le simple badaud. Ces rabatteurs proposent des services ou des produits moyennant commissions payées en cash directement par les prestataires ou les bénéficiaires. On propose divers services tels que la location de chambres d’hôtels, de tables de restaurants, des massages, des tickets de trains ou de bus, des courses en taxis particuliers ou des travaux d’intérieur.

Certains racoleurs ont des méthodes particulièrement désobligeantes, comme ces cireurs de chaussures qui éclaboussent discrètement vos souliers de cirage pendant que vous marchez afin que vous acceptiez qu’ils vous les nettoient ! Certaines personnes vous proposent, sous le manteau, des objets volés (ordinateurs portables, téléphones, appareils photos), des articles piratés ou contrefaits (DVD, cosmétiques Chanel, sacs Louis Vuitton) ou encore des denrées interdites à la vente (pattes de tigre, défenses d’éléphant).

En Chine, l'union fait la force... et l'insécurité !

Ces acteurs d’une nouvelle économie parallèle, acerbe et brutale, évoluent dans un environnement extrêmement menaçant, contrôlé par des parrains locaux. Là encore, tout s’organise autour de clans composés d’individus partageant certains intérêts communs.

 

Ces groupes renferment bien souvent des personnes provenant d’une même région, d’un même village. Il y a généralement un « boss » implanté sur place et impliqué dans des affaires commerciales diverses et variées, légales ou non. Le recrutement s’effectue lui aussi par réseau. Pas question de recruter localement une main d’œuvre exigeante et imprévisible. Mieux vaut aller chercher des travailleurs directement à la campagne et sélectionner ceux qui ne connaissent rien aux réglementations sociales et qui sont prêts à accepter les conditions les moins favorables ; c’est-à-dire un salaire misérable, payé à la commission, un logement déplorable et aucune protection sociale. C’est pourquoi les recrutés proviennent bien souvent d’une même zone géographique ; celle dont est originaire le recruteur.

En Chine, l'union fait la force... et l'insécurité !

Si vous allez dans un salon de massage, vous aurez bien souvent du mal à comprendre les employés lorsqu’ils parlent entre eux. Posez la question de leur origine et vous vous apercevrez très vite que tous proviennent d’un même village et communiquent dans leur dialecte familial.

 

Il y a en Chine une multitude de réseaux ainsi formés, dont les membres proviennent d’une même région. Ce phénomène, que je nommerais clanisme d’origine est également visible à l’échelle internationale, chez les Chinois d’outre-mer. Les fameux China Town d’Amérique du Nord ou d’Europe sont souvent composés de Chinois issus d’une même province. L’utilisation de filières d’immigration n’est pas un phénomène récent. Il n’est donc pas étonnant de constater que, par exemple, plus des deux tiers des nouveaux immigrés chinois qui s’installent dans le quartier de Belleville, à Paris, sont originaires de la ville de Wenzhou, dans la province du Zhejiang. Cette région est également connue, en Chine, comme étant le poumon de la contrefaçon de marques.

Aujourd’hui, certains trafics ont des origines bien déterminées. Les trafics de drogue et de fausses pierres précieuses s’organisent essentiellement à partir de la province du Yunnan, aux frontières birmane, laotienne et vietnamienne. La province du Henan est réputée pour être le lieu d’origine de nombreux mendiants, fonctionnant eux aussi en réseaux. C’est notamment le cas de ces petits enfants s’agrippant aux jambes des touristes pour leur vendre une rose à 5 yuans. La province du Sichuan, célèbre pour sa cuisine épicée est également un important fournisseur de prostituées. Le tercet Yunnan-Guangxi-Guizhou a la peu flatteuse réputation d’abriter de larges réseaux de commerce humain. Enfin le Chinois associera forcément le pickpocket aux minorités musulmanes Ouïgours du Xinjiang. Là aussi, de jeunes enfants apprennent très tôt à se faire la main discrète sous l’œil protecteur d’un grand frère, jamais bien loin.

En Chine, l'union fait la force... et l'insécurité !

La précarité florissante, conséquence d’une urbanisation incontrôlée, produit chaque jour son lot de chapardages et d’incivilités. La violence des villes est rarement la conséquence d’actes et de comportements individuels et isolés. Des groupes se forment soit pour mieux se défendre, soit pour mieux attaquer.  

Je ne pourrai jamais oublier cet ami chinois, père de famille, qui a passé plus d’une semaine sur un lit d’hôpital après s’être fait rosser par une dizaine de chauffeurs de taxi, pour avoir protesté contre l’un d’entre eux qui avait failli renverser sa fille de 7 ans. Quelle que soit la ville, les taxis constituent toujours de puissantes coteries. A l’image de ce que sont la plupart des relations en Chine, cette entraide inconditionnelle cache en réalité un malaise social profond. On se protège mutuellement pour pouvoir s’imposer ou tout simplement perdurer dans un monde hostile et concurrentiel. Se préserver, c’est défendre son métier. L’union faisant la force, les collègues se solidarisent. C’est ainsi que se développe ce que j’appellerais un clanisme de métier.

En Chine, l'union fait la force... et l'insécurité !

Ces groupes professionnels obéissent à des règles informelles d’entraide et de fonctionnement, séparant droits et devoirs. Ainsi, l’intérêt de chacun, représenté ici par le métier, est surveillé et défendu grâce à une mise en commun des moyens de sauvegarde. Les plus faibles seront remplacés par des groupements plus agressifs dans leur conquête territoriale et sociale.

 

Extrait du livre "Réussir en Chine grâce aux cercles d'amis"

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